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Deuxième texte de l’écrivaine en résidence
JOUR 2 : Texte grivois (lu lors du Cabaret de lectures grivoises, le vendredi soir)
Je dois avoir trois ou quatre ans. Je suis sur le bord d’une plage, je sais pas laquelle. Le vent souffle fort, les chapeaux s’envolent. Les goélands zigzaguent dans le ciel en criant comme des damnées. Le soleil traverse mes cheveux, on dirait que j’ai juste trois poils sur le coco. J’ai des joues bien bombées et une petite robe trapèze couverte de motifs joyeux, genre fleurs, chatons, grille-pain. Ma mère est souriante et sans ride. Elle me prend dans ses bras et me fait tourner, je rigole super fort, même si ça me donne un peu la nausée. Puis elle s’arrête et me serre contre elle avant de me déposer au sol. Elle me tient la main. Mon père arrive par derrière, attrape mon autre main, et on marche sur le bord de l’eau. Nos pieds s’enfoncent dans le sable mouillé, laissant des traces que les vagues effacent aussitôt. Mes parents me soulèvent et me balancent comme si j’étais assise sur une balançoire invisible, j’ai l’impression d’être dans un manège à La ronde : Encowe! Encowe! Encowe! que je crie, en sabotant mes «r», parce que je présume que je parlais comme ça à cet âge, sans savoir pourquoi. Après un moment, on se couche tous les trois sur une dune. Le vent souffle toujours aussi fort. Mes cheveux tout ébouriffés sont constamment dans mes yeux et j’ai des grains de sable jusque dans la petite culotte, mais je m’en fous. Je suis entre mon père et ma mère, protégée, au chaud, heureuse. Une petite boule d’amour agitée.
Je pense souvent à des trucs comme ça quand je suis nerveuse comme là.
Je viens à peine d’entrer dans l’appart du gars blond que je suis déjà à moitié nue, soutien-gorge bien en évidence, la bouche ploguée à sa bouche comme une ventouse, même qu’un moment, je lui mords la lèvre inférieure. Ayoye! crie le gars. Oups! J’ai vu ça dans un film. J’ai trouvé ça sexy. Fallait que je teste.
Dans l’appart, c’est silencieux, on entend juste notre respiration, nos baisers et le voisin du dessus tousser comme s’il avait la bronchite. Les murs sont minces comme du carton. Un lampadaire éclaire la pièce par une grande fenêtre. Je jette un coup d’œil autour de moi: ça traîne: boîtes de pizza, bouteilles de bière vides, poussière, poussière, poussière. Au moins, il a pas l’air d’avoir de colocs, c’est trop petit pour ça. Et il habite pas chez ses parents non plus. Une chance parce que ça c’est trop la honte le matin. Faut dire bonjour, se présenter, parfois même déjeuner avec toute la famille; la mère excédée d’avoir à rajouter un couvert à la dernière minute, le père frustré de pas pouvoir se promener en boxer dans sa cuisine, le petit frère qui fait toute une histoire parce que ses toasts sont brûlés. Et moi, devant mes œufs au plat, les cheveux en bataille, le maquillage ravagé, qui pue le sexe à plein nez. Vraiment, il y a mieux comme présentation.
Le gars blond s’élance. Paf! Une claque sur une fesse! Ça, ça surprend toujours. Je comprends pas pourquoi ils font tous ça. Ils pensent peut-être que ça nous starte ou qu’on va leur pondre une tablette de chocolat à la manière d’une distributrice? À moins que ce soit pour nous montrer qui est le maître et qu’on mouille devant toute cette puissance. Bah, allez savoir. M’enfin. Le gars blond me caresse le dos avant d’empoigner ma main pour que je la mette dans son jeans, par chance, c’est un baggy, autrement j’étais bonne pour un pouce cassé. Je le caresse, son sexe est long et fin. Je suis sûre qu’il a les poils blonds comme ses cheveux. On s’embrasse tout en marchant à reculons dans l’appartement. Quand je vois notre reflet sur le mur, on dirait une grosse bête lourde qui se promène dans les couloirs.
Arrivés à sa chambre, j’embarque dans le lit défait. Là, à genoux devant lui, j’enlève ma robe et m’étends en ouvrant les jambes. Je lui jette un regard malicieux, agace à l’os. Mon string me couvre à peine. Il voit que je suis complètement épilée. Fuck la mode qui veut qu’on laisse tout en friche. No Way, les poils, c’est dégueu. J’ai grandi avec les princesses de Disney que j’ai remplacées par celles du X, dans ces univers, rien dépasse et c’est bien comme ça. Le gars blond, jeans et slip en tas sur les chevilles, s’étire et attrape un condom qu’il enfile sans se battre avec le petit bout de caoutchouc. Il sait y faire. Tant mieux. Il y a rien que je déteste plus que ceux qui demandent qu’on fasse la job à leur place. En tout cas. Une fois ganté, le gars blond m’assène deux-trois baisers claquants, et vlan, il entre en moi pour me pénétrer avec la régularité d’un marteau-piqueur. Après un moment, il me retourne sur le ventre et poursuit sa petite affaire jusqu’à ce qu’il émette un grognement d’ours mal léché.
Épuisé, il se laisse tomber à côté de moi. On se lance des coups d’œil timides. Et quand nos regards se croisent pour de bon, comme frappés de gêne soudaine, on éclate de rire. Le gars blond se lève et regarde son cellulaire pour voir s’il a des messages. Ça peut pas attendre. Ça peut jamais attendre. Moi, toujours étendue sur le lit, les bras en croix comme une étoile de mer échouée nulle part, je regarde autour et c’est là que je remarque les photos punaisées sur le mur : le gars blond avec une fille, enlacés, souriants, amoureux. Des cœurs partout. Merde, il est en couple. Quand il lâche son cell, je lui demande :
-C’est quoi ton nom ?
