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Sébastien Dulude, écrivain en résidence 2015

29 mars 2015

Poème du dimanche

Sébastien Dulude, écrivain en résidence 2015

29 Mar 2015

c’est dimanche matin et mon poème n’empêche pas les avions de s’effondrer au sol

c’est dimanche matin et mon poème a les yeux cernés

c’est dimanche et mon poème a fait son smatt toute la fin de semaine

c’est dimanche et mon poème ne fait plus son frais

c’est dimanche et mon poème a peur du lundi

c’est dimanche et mon poème a peur de dire ce qu’il pense

c’est dimanche et le dimanche on se repose, c’est dimanche et mon poème dérange

mais c’est dimanche au Salon et ici mon poème est à l’abri

c’est dimanche et on est ici à l’abri et donc mon poème aimerait vous dire ceci :

mon poème prend beaucoup de précautions pour être bien compris

mon poème aimerait rappeler qu’il est gratuit et n’existe en aucune manière pour être récompensé

mon poème a toujours fait ses affaires et va continuer à les faire

mon poème existe par une nécessité qui ne vous appartient pas; aussi n’avez-vous pas à l’aimer en retour

mais voilà, mon poème le dira aujourd’hui et ne le dira pas demain : mes pieds sont imbibés de crachat et pourtant ils s’obstinent à avancer

mon poème dit aussi : je crois à la dignité, à la compassion et à la colère

mon poème trouve impensable qu’on soit si scandaleusement libres et indifférents de l’être

mon poème se désole que l’imagination soit reléguée avec les passe-temps face aux impératifs mathématiques de la toute-puissante utilité

mon poème tient à vous rassurer : il ne se mutera pas en litanie moraliste des causes nobles qui se battent pour nous tandis qu’on les regarde se faire mater à la télé

mon poème garde son petit carré rouge près de son coeur et va continuer de faire ses affaires

et mon poème va enfin vous dire ce qu’il aimerait vraiment vous dire et ce qu’il a à vous dire, c’est un poème, bien entendu, c’est même un des poèmes les plus bouleversants d’espoir déraisonnable et révolutionnaire qu’il m’ait été donné d’entendre, et il tient en une seule et fragile et innocente petite phrase, vociférée un soir sur scène par un vieux poète beatnik et rebelle et magnifique animé d’une conviction désarmante que seuls les fous, les sages et les enfants oseraient jamais afficher, et mon poème voudrait donc redire ces mots d’Alain-Arthur Painchaud :

«Un jour, nos poèmes joueront dans leurs discothèques.»

Chacun de ces mots m’émeut jusqu’à la moelle épinière par son extraordinaire pouvoir de penser le monde autrement. Je vous les redonne, ils sont à vous maintenant :

«Un jour, nos poèmes joueront dans leurs discothèques.»