Archives : Écrivain en résidence

RÉSIDENCE, Jour 04 : L’échine du livre

**UN IMMENSE MERCI à vous, lecteurs, et à toute l’équipe du Salon du livre de Trois-Rivières pour m’avoir permis de vivre l’incroyable expérience d’auteure en résidence. On se voit l’an prochain pour les 30 ans du SLTR !**

 

L’ÉCHINE DU LIVRE

J’ai longtemps pensé que le dos d’un livre se nommait l’ « échine ». L’échine d’un ouvrage, sa colonne vertébrale… Ce terme me semblait logique, il correspondait à l’anatomie du livre. Il faisait de lui un personnage, avec son squelette, son habillement.

 

Plus tard, j’ai compris que le dos d’un livre se nommait l’« épine ». Et je me suis reprise à rêver. L’épine… L’épine des cactus, des rosiers. Cette fois, c’était un conte de fées que ces mots évoquaient. Les ronces qui recouvrent le château de la Belle au bois dormant, lorsque le prince vient la secourir pour l’ajouter à son tableau de chasse. Chasse comme la partie des plats qui déborde du corps d’ouvrage, afin de le protéger.

 

N’est-il pas venu, ce prince, du moins selon ce qu’il affirme, pour jouer un rôle de gardien, à l’instar des pages de garde qui lient corps et couverture du livre ? Prudemment, le soi-disant protecteur arpente le château, aux corridors encombrés par les planches et les gravats. Son corps se voûte sous le poids de son armure aux dorures ternies.

 

Il visualise la captive avant d’entrer dans la chambre tapissée de ronces. Sans doute portera-t-elle sa coiffe sur l’oreiller, à l’image de cette partie du livre qui surmonte l’extrémité du dos.

 

Et l’intrus s’approche de la dormante qui ronfle dans sa jaquette jaunie en exposant un fort joli recto. Le visiteur se penche avec son couteau tranchant − semblable à la tranche des ouvrages − pour la délivrer des roseraies sauvages.

 

Une fois éveillée, elle grommelle, de mauvaise humeur − forcément. Qui ne serait pas bourru après un cauchemar d’un siècle ? Il est même juste d’affirmer qu’elle a le mors aux dents. Mais comment faire autrement ? Ce réveil constitue le nerf de la guerre – nerfs, qui, comme chacun sait, se trouvent dans un ouvrage juste en dessous de la coiffe.

 

La « moins en moins endormie » masse son dos endolori, en proie à l’impression d’avoir reposé sur un nid de coquilles. Elle considère avec désapprobation sa chambre, dans un désordre exemplaire.

 

La poussière et la pluie échappées des gouttières fêlées ne peuvent que la contrarier; elle est habituée aux enluminures et au faste des grandes réceptions, à tenir tête aux autres. Et le bruit lancinant de l’eau continue et continue de couler des gouttières.

 

Elle se frotte la tête. Agacée, elle expédie au visage du prince le contre-plat de sa main. Surpris, l’homme masse sa mâchoire meurtrie par la gifle. Il constate qu’il devra se cantonner à n’être qu’une note de bas de page.

 

— Vous pouvez partir, dit la châtelaine. J’ai tout ce qu’il me faut ici. Les livres me suffisent. Ils sont ma charnière. Ma moelle épinière.

 

Le prince décoiffé comprend que son ouvrage est terminé. Il disparaît avec ses dorures et ses habits émoussés. Désormais seule, la châtelaine repousse la couverture et se glisse parmi les nombreux volumes de sa bibliothèque.

 

À l’instar de cette héroïne de conte, les livres sont mon échine. Notre échine. Et ceux qui les font vivre, comme le Salon du livre de Trois-Rivières, construisent, décennie après décennie, les plus beaux des manoirs.

RÉSIDENCE, JOUR 03 : Terre Adélie

 

 

Pour ce troisième jour, en guise de lecture avant l’entrevue sur le collectif de nouvelles fantastiques mauricien Les Murmurantes, j’ai pensé vous offrir cette fois, par souci de variété, un texte de création qui rejoint ma pratique d’auteure de récits brefs.

 

Je vous propose un texte d’imaginaire inédit, en l’honneur des pôles… et pour célébrer, avant leur départ, les derniers soubresauts de l’hiver.

 

TERRE ADÉLIE

Les bourrasques s’éparpillent sur mon visage. Dans le port, un navire gémit tandis que les vagues le soulèvent. Un miracle m’a permis de rallier les terres antarctiques, de fuir la stridence qui a immolé les continents. Transmise par les ondes sonores, l’épidémie s’est dispersée à la vitesse d’un papier froissé au creux de la main. Bientôt ne sont plus restées que des dépouilles vibrantes. Entre les défunts fauchés par le bruit, des sourds se rassemblaient peu à peu, persuadés d’avoir été choisis pour réaliser un dessein suprême.

J’ai pu les voir arpenter les rues en soutanes avant que les écrans s’éteignent. Épargnés par des casques antibruits, des caméramans immortalisaient leur cortège. C’est à une protection de ce type que j’ai dû ma survie. Effondré dans le sous-sol d’un chantier d’Hobart, j’ai mis des heures à retrouver mes sens.

Les morts frémissaient sur la surface terrassée. Mais la fixité de leurs traits ne pouvait mentir.

Des larmes se cristallisent au coin de mes paupières. Ceux que je chérissais ne sont plus que suaires dans lesquels résonne l’épidémie. Nombre d’habitants de la base de terre Adélie ont pourtant refusé l’évidence. Longtemps, ils ont cherché une explication pour justifier leur coupure du monde. La douleur obscurcissait leur esprit, comme la chaleur de l’haleine se tétanise dans les étendues polaires.

Plusieurs ont souhaité partir à bord du brise-glace, gouvernés par des espérances imprécises. Ils s’échinent en vain. Le virus les foudroiera lorsqu’ils aborderont la Tansmanie. Ils n’atteindront jamais la côte, deviendront l’équipage d’un vaisseau fantôme errant sur les mers froides.

La stridence les sanglera de sa terrible souveraineté.

Et moi, je resterai ici, sur ce pôle oublié par l’épidémie. Avec ce sentiment que tout humain devrait s’affranchir seul de son Antarctique. Ou alors, je ferai comme Adélie, cuisinière de la base au prénom prédestiné, qui s’est enfuie vers l’intérieur des terres. Avait-elle pressenti notre malheur ?

Mes bottes martèlent la couche de neige qu’ont patiemment accumulée les siècles. Je tends les mains vers mon casque, que j’enlève. Le vent siffle une mélodie primitive. Ma poitrine s’emplit d’air purifié par le froid.

Déterminé, j’avance, m’éloigne des abris orangés auxquels on m’a refusé l’accès. Dans quelle direction Adélie est-elle partie ? Ici, les empreintes creusent le sol d’infinies cicatrices.

En périphérie de mon regard, la zone côtière s’amenuise. J’épouse les traces inscrites dans la banquise comme l’eau s’infiltre dans la moindre lézarde. Le froid se densifie, m’insensibilise.

Je reproduis le parcours erratique d’Adélie. Le poids du casque dans mes mains me ralentit. Je m’en délivre sur la glace. Le bruit du continent primordial s’intensifie. Dissipe en moi le réconfort de l’équilibre. Je foule seul mon Antarctique. Poursuis mon avancée jusqu’à ce que les empreintes se résorbent.

Au loin, une tache assombrit l’uniformité du blanc. Je m’approche, la poitrine oppressée. Allongée en travers d’une congère, Adélie succombe aux ultimes assauts des ondes. Son corps, réceptacle sonore, vibre en continu.

Je m’entends pousser un cri rauque. Libère son visage tremblotant de sa cagoule. Mais déjà, ses pupilles s’étrécissent.

Il n’y a pas de refuge possible. Je le redoute chaque jour davantage.

Aussi loin au Sud que j’irai, je ne pourrai me dérober au tintamarre. Esquiver les stridences de plus en plus dissonantes. Fuir leur cacophonie multiple.

En attendant, j’offre mes derniers sursauts de chaleur à Adélie. Pour l’aider à partir, j’étreindrai son corps assailli des clameurs du monde.

Alors, le silence plantera peut-être son drapeau effrangé quelque part.

RÉSIDENCE, Jour 02 : IMAGES D’ÉPINAL

 

J’ai toujours aimé les zones troubles, les lieux indistincts aux frontières fugitives. Naturellement, j’ai senti le besoin d’investir le territoire.

 

Vivre en Mauricie, région peuplée de 7,4 habitants par kilomètre carré, dont le Nord, près du réservoir Gouin, est quasi inhabité (si ce n’est de Clova, de Parent et d’Obedjiwan, principalement), ne pouvait que stimuler mon intérêt pour un fantastique des grands espaces. Tant de fantômes se dérobent à première vue au regard, n’exposent qu’à contrecœur leurs stèles ensevelies sous les herbes hautes. Combien de temps ai-je mis avant de m’apercevoir qu’une maison en ruine se trouvait tout près de chez moi, sur le passant boulevard des Forges à Trois-Rivières, cachée par un couvert de cèdres aux voûtes affaissées? Les arbres, déjà denses entre les fondations et les reliquats d’une cabane d’enfants, allaient me rappeler encore une fois à quel point la nature reprend sans attendre le contrôle de l’espace. La puissance fantastique qui irrigue ses racines.

 

En plein territoire urbain, la peur devenait possible. Comme si le lycanthrope cher à notre folklore québécois pouvait dès lors surgir. Étais-je certaine de ne pas me trouver en contrée de légendes? Les barrages hydroélectriques et les génératrices des pourvoiries avaient-ils une fois pour toutes chassé loups-garous, lutins, feux follets et mistigris, créatures n’aimant ni le soleil ni le bruit des machines, qui se seraient réfugiées loin des incarnations de la modernité? Ne raconte-t-on pas que le Nord est le repaire du Diable et de l’un de ses suppôts, le wendigo? Le démon aurait-il gagné, comme on l’affirmait jadis, les Forges-du-Saint-Maurice ?

 

Nul doute, notre forêt boréale possède quelque chose de… fantastique. L’ailleurs abandonne parfois derrière lui des indices dont il suffit de remonter le fil, labyrinthe sous le sceau duquel mon existence doit – immanquablement – s’inscrire.

 

Je tiens à décrire dans mes écrits ces lacs sans noms, ces régions nordiques (dont la nôtre) où l’on peut marcher des heures sans rencontrer quiconque. Autant de pistes oniriques que les mots tentent de capturer à la manière d’histoires de pêche.

 

Plus de quinze ans après avoir quitté mon village d’enfance, Grandes-Piles, niché dans les montagnes sur l’une des berges du Saint-Maurice, je suis encore puissamment habitée par son souvenir. La petite fille solitaire au bout du quai sera toujours présente, le regard tourné vers la rivière aux eaux opaques.

 

Ariane Gélinas

Auteure en résidence 2017

RÉSIDENCE, Jour 01 : PROFESSION LECTRICE

 

Certains enfants rêvent d’aller dans l’espace, d’autres, d’éteindre des incendies ou de devenir cascadeur. Petite fille, je voulais devenir tout ceci à la fois. J’avais trouvé l’emploi idéal. C’était décidé, mon futur métier serait d’être lectrice.

 

J’avais eu cette révélation lors de l’unique jour d’ouverture hebdomadaire de la bibliothèque de mon village natal : Grandes-Piles. Le mercredi soir, entre 18h et 21h. Chaque semaine, pour m’y rendre, j’étais prête à braver seule l’obscurité qui recouvrait en hiver la distance entre ma maison et les rayonnages. Quitte à courir au retour, sac au dos, pour échapper aux ombres qui s’enfuyaient des ouvrages consultés quelques instants auparavant.

 

Car je venais de découvrir la section de romans fantastiques pour enfants. Je me faisais la réflexion que, dans le pire des cas, Steve, le patient commis, viendrait me dire comme tous les adultes que « c’était juste la nuit qui me faisait imaginer des choses ». De regarder les reflets de la lune sur les bancs de neige pour me rassurer.

 

Mais, bien que j’aie réussi à échapper aux créatures de légende lancées à mes trousses, il fallait de nouveaux défis pour me préparer à exercer ma future profession. Quelque chose d’important, de sérieux.

 

Le point de départ était facile. Et particulièrement agréable, il faut le confesser. Lire, lire et encore lire.

 

D’abord, terminer le rayonnage pour enfants. Puis m’attaquer, sous l’œil attentif de Steve, à celui des adolescents. Commander des livres s’il le fallait. À toutes les semaines. En profitant du fait que Steve ne me disait jamais non.

 

Je venais de changer de niveau. D’embrasser, réellement, ma profession de lectrice. J’étais même prête à créer des images pour accompagner les ouvrages dépourvus d’illustrations. Les miens, ceux des autres, peu importe. C’était sans compter qu’il n’était pas aisé pour moi de dessiner autre chose qu’un chat.

 

Aujourd’hui encore, les livres ont toujours autant d’importance pour moi. Avec ou sans images, pleins d’histoires, de savoirs et de poussière parfois − lorsqu’ils ne sortent pas souvent des rayonnages de la bibliothèque. Chaque année, le Salon de Trois-Rivières célèbre l’accessibilité à la lecture et l’effervescence culturelle. L’acte essentiel de connaître, semaine après semaine, une multitude d’univers. L’occasion de rencontrer les auteurs, éditeurs, fervents du livre et tous ceux qui se nourrissent de la nécessité de la littérature.

 

Le Salon du livre de Trois-Rivières, c’est aussi, pour moi, la chance de rêver pendant quatre jours que je fais réellement profession de lectrice.

 

Merci, Salon du livre.

 

Ariane Gélinas

Auteure en résidence 2017

 

RÉSIDENCE, JOUR 0 : Équinoxe

22 mars 2017

 

Quel moment propice que l’équinoxe de printemps pour célébrer le livre en Mauricie ! Le mot équinoxe est révélateur : ses racines, aequus (égal) et nox (nuit), témoignent de l’équilibre parfait entre la durée du jour et la nuit.

 

L’écrivain n’est-il pas celui qui cherche à maîtriser l’art des nuances, funambule entre ténèbres et lumière, réel et imaginaire ? À l’instar de l’artiste, il puise souvent son inspiration dans des eaux tumultueuses. Il n’est donc pas étonnant que les marées d’équinoxe soient les plus hautes de l’année : ce sont elles qui submergent les terres.

 

C’est pourquoi tant d’écrivains souhaitent submerger les lecteurs, évoquer un monde d’images luxuriantes, tantôt diurnes, tantôt nocturnes. Autant d’univers à découvrir en ce 29e Salon du livre de Trois-Rivières.

 

Au plaisir de vous y rencontrer !

 

Ariane Gélinas

Auteure en résidence 2017

Écrivaine en résidence

Ariane Gélinas

Photo: Frédérick Durand

Née à Grandes-Piles, Ariane Gélinas est la direc­trice littéraire de la revue Le Sabord ainsi que la directrice artistique, la coéditrice et la codirectrice littéraire de Brins d’éternité. Elle rédige également la chronique « Littératures de l’imaginaire » dans le bimestriel Les libraires. En plus de L’enfant sans visage (XYZ, 2011), elle est l’auteure de la trilogie Les villages assoupis (prix Arts Excellence, Jacques-Brossard et Aurora/Boréal) et du recueil de nouvelles Le sabbat des éphémères (Six Brumes, 2013). Son roman Les cendres de Sedna vient de paraître chez Alire. Elle demeure à Trois-Rivières.

Une des belles nouveautés du Salon du livre de Trois-Rivières depuis 2015, il s’agit de l’écrivain en résidence. Son rôle est d’écrire un texte inédit à chaque jour durant l’événement, et de lire ces textes durant des événements précis de la programmation. Ces textes sont également publiés sur le site Internet du Salon du livre, sous forme de blogue. Pour les deux premières années, le poète Sébastien Dulude et l’auteur Bryan Perro se sont prêté au jeu à merveille. Il est possible de relire leurs textes ici.

Quatrième texte de l’écrivain en résidence

Lundi matin, tout sera terminé

C’est difficile le lundi matin après un salon du livre, très difficile.

J’ai connu des tas de gens pour qui c’était le pire moment de la semaine. Je les ai vus déprimer le dimanche soir rien qu’à penser au lendemain. Beaucoup d’enfants qui sont normalement debout à sept heures le samedi matin pour regarder les dessins animés sont incapables de se réveiller le lundi pour aller à l’école. Même les adultes qui se couchent tôt en espérant se lever reposés se rendent bien compte qu’ils émergent des couvertures aussi fatigués que la veille. Mais pour les auteurs, c’est pire…

Le premier jour de la semaine porte la marque ISO 8601, notation destinée à éviter tout risque de confusion dans les communications internationales. Il est donc inscrit mondialement comme le premier jour de travail de la semaine. PFFT…

Lundi, retour au quotidien.

Terminé l’intelligence de Robert Lalonde, la beauté énigmatique de Florence K… adieu le talent de Sampar, les sagas de Louise Tremblay-D’Essiambre et le tranchant Dompierre.

Lundi, c’est le retour de l’austérité, de l’UPAQ, de la Syrie, de nos séries télévisuelles préférées et de tout ce qui nous donne envie de ne plus avoir envie. La ritournelle : « Lundi matin… l’empereur, sa femme et le p’tit prince… sont venus chez moi… pour me serrer la pince! »

Re-bof…

Mais il restera les livres, les rencontres, les souvenirs…

Il restera les impressions, les sourires, la gentillesse…

Il restera le nécessaire pour attendre patiemment, 2017.

Troisième texte de l’écrivain en résidence

Mostafa Azizi, Iran

Quand je pense à vous…

J’ai de la fuite dans les idées, un robinet mal fermé.

J’entends la goutte qui me dérange, le son des mots qui me démanche.

Et j’ai envie de tout fermer, de ne plus croire ou exister, mais la plume saute de l’encrier et la vie vient me chatouiller.

Il y a trois choses qu’on ne peut pas cacher très longtemps, Mostafa : le soleil, la lune et la vérité.

Tenez bon dans les ténèbres, le soleil viendra.

Conservez votre foi dans les hommes, la lune vous inspirera.

Gardez la tête haute dans l’épreuve Mostafa, nous savons que vous avancez sur la route de la vérité.

***

Texte lu dans le cadre de la soirée Livres comme l’Air, présentée en collaboration avec le Centre québécois du PEN international, Amnistie internationale et l’UNEQ.

 

Deuxième texte de l’écrivain en résidence

PRENDRE RACINE

Il y avait dans un vaste champ, deux arbres nés d’un même parent. Identiques et en tous points égaux, d’une seule graine, deux êtres jumeaux.

Un songe depuis longtemps les animait, lorsque vers les étoiles ils regardaient. Leur désir, de plus en plus puissant, était de devenir d’immenses géants, que de loin on puisse les admirer, comme la lune être un point de lumière, pour que les hommes puissent s’y guider, afin de marquer leur passage sur terre.

Dans l’empressement de devenir ce qu’ils n’étaient pas encore, l’un d’eux choisit de grandir et il y mit tous ses efforts. Il dut pour cela renier ses racines, ne donner que de petits fruits, sous les vents forts plier l’échine, prendre l’eau vitale d’autrui.

En quelques printemps, il avait dépassé son petit frère de plus de la moitié.

L’autre prit son temps et grossit lentement, des branches solides apparurent doucement. Ses racines s’enfoncèrent dans le sol, ses gros fruits débordant de saveur attirèrent les enfants de l’école.

En quelques printemps, il avait dirigé plus d’hommes que son frère ne put l’imaginer.

Le premier devint long sans véritable raison. Le deuxième devint grand, de l’âme d’un géant.

Chaque être qui vit est marqué d’un destin qui arrive en son temps et toujours le rejoint.

Comment y arriver?

Il faut travailler patiemment et toujours dans le respect du rêve qui nous fait s’élever.